Samedi 31 janvier 2009 6 31 /01 /Jan /2009 14:27

Tonnerre de Brest : Pilotage de cuirassés américains

 

La guerre de 1914-1918 est terminée, et depuis l'Armistice du 11 novembre 1918 c'est l'euphorie dans la joie de retrouver la paix après quatre années d'une guerre atroce et meurtrière.

Malgré la fin des hostilités, j’ai été maintenu sous les drapeaux, pendant deux mois encore. Je suis en principe matelot guetteur auxiliaire de la Marine, affecté au sémaphore de Saint-Mathieu, mais en réalité détaché pour remplir les fonctions de Premier Matelot à bord du voilier pilote Clara Yvonne du Conquet (Patron : Jean Quéméneur) et à l'occasion, lorsque le trafic est intense, je prends aussi la responsabilité de piloter des navires vers Brest.

Le 12 décembre 1918, le patron-pilote avait eu à conduire quelques unités de guerre américaines, mais il était revenu à bord dans la soirée, selon un code convenu entre nous. Le vent d'Ouest était fort et la mer grosse. Le sémaphore de Saint-Mathieu avait informé Quéméneur que, probablement, d'autres grosses unités des U.S.A. arriveraient le lendemain matin 13 décembre, sans pouvoir préciser l'heure exacte devant les côtes bretonnes. C'était une grosse affaire par le tonnage global que représentaient ces bâtiments de l'U.S. Navy, probablement des cuirassés.

À bord du Clara Yvonne, on se demandait avec inquiétude, si les autres pilotes côtiers (concurrents) avaient recueilli, par une autre source d'information, l'annonce de l'arrivée imminente de ces gros navires qu'on attendait.

Mon patron Jean Quéméneur décida de passer la nuit du 12 au 13 en navigation d'attente en cas d'arrivée prématurée des navires, de belle heure, le matin du 13. La navigation de nuit fut assurée par quarts. Pendant la nuit le vent avait forci et, au matin, c'était la tempête avec pluie. Le vent soufflant en bourrasques avait excité la mer et le creux des vagues s'était accentué de façon inquiétante. Sur le voilier, il avait fallu prendre 1, 2 puis 3 ris à la grand-voile, et tenir la navigation cap à la lame pour ne pas embarquer d'eau. Si les cuirassés se présentaient par l'ouest en ce moment, il serait probablement impossible de transborder le pilote du voilier sur le bâtiment de tête, tant la mer était grosse. Le risque serait grand pour le pilote de tenter cette aventure. Mais à bord, on décida de rester sur place afin d'assister malgré tout, avec amertume, au spectacle du passage du gagne-pain, puis on rentrerait au port du Conquet prendre quelque repos après la pénible nuit passée en mer.

Soudain, vers 11 h 30, un cri : « Les voilà ! Fumées en vue par l'Ouest ! » Au fur et à mesure que le temps passait les silhouettes des bâtiments de guerre se précisaient. Il s'agissait bien de cuirassés avec d’autres unités plus petites, des destroyers mais aussi un paquebot. Mais, oh ! surprise, trois voiliers venant de je ne sais où, faisaient cap dans leur direction. Sur le Clara Yvonne on a vite compris : d'autres pilotes côtiers étaient également au courant de l'arrivée des mastodontes américains.

Sont présents au large, en première loge pour les accueillir, les pilotes de l'île de Sein, d'Ouessant et de Molène, et en dernière position peu favorable, pas assez dans l'ouest, les deux pilotes du Conquet sur le Clara Yvonne. Il y a donc cinq pilotes sur le même os. Reste donc à savoir qui pourra monter à bord du premier cuirassé de tête, et comment sans y laisser sa peau. Il est certain que devant la concurrence présente, les attitudes d'audace des uns et des autres pilotes, vont prévaloir sur les considérations particulières de sécurité. Malgré le danger, sur le Clara Yvonne on a changé d'opinion aussi. Si les trois bateaux du premier rang ne réussissent pas le transbordement de leur pilote sur le cuirassé, le Clara Yvonne tentera alors l'impossible. Le voilier conquétois file droit, lui aussi, sur les proies d'acier, une armada de bâtiments de ligne qui naviguent en deux files encadrant le paquebot.

Pendant la remontée vers l'ouest, en direction des cuirassés, le pilote du Clara Yvonne et son adjoint, votre serviteur, observent à la jumelle les mouvements des bateaux pilotes concurrents. Vu l'état de la mer, il est certain que les navires ne stopperont pas pour embarquer un pilote ; tout au plus, ralentiront-ils, voulant ainsi conserver une vitesse raisonnable nécessaire à la maniabilité des unités à l'approche des côtes.

Le voilier le mieux placé dans l'ouest, celui d'Ouessant tente l'opération de transbordement de son pilote sur le cuirassé de tête, mais sans succès. Puis vient la tentative du voilier de l'île de Sein ; le résultat n'est pas meilleur. Le voilier de l'île Molène essaie à son tour, mais lui non plus ne réussit pas le transbordement de son pilote. Pour l'instant, grâce à Dieu, personne n'est tombé à la mer et aucun dégât matériel apparent n'est à déplorer.

« À notre tour maintenant ! », s'écrie-t-on, à bord du Clara Yvonne. Les bâtiments ne sont plus très loin maintenant. Ils sont bien malmenés par la mer, tangage et roulis simultanément. La mer accuse des creux de 7 à 8 mètres. Lorsqu'il y a des grosses lames, les cuirassés les traversent de part en part pour en ressortir tout ruisselant d'écume blanche. Sur le Clara Yvonne, on a élaboré une tactique de transbordement du pilote, du voilier au cuirassé de tête qui avait déjà laissé pendre l'échelle de corde le long du bord, côté bâbord, c'est-à-dire légèrement sous le vent du bâtiment, à l'abri relatif du vent dominant. Il est inutile de penser à faire accoster le voilier le long du bord du cuirassé : impossible par gros temps : il serait écrasé comme un œuf sur le flanc du bâtiment constamment en mouvement. Ce sera à l'aide de l'annexe à rames du voilier que le pilote approchera de très près le flanc du navire de guerre, jusqu'à l'échelle de corde ; puis le pilote devra sauter prestement au moment le plus opportun. Les risques de l'opération ? Il y en a plusieurs : d'abord, que l'annexe chavire ou reçoive une lame déferlante, ou encore que le pilote rate son saut de l'embarcation à l'échelle qui se balance au vent le long du flanc du navire.

Le patron Jean Quéméneur, qui sait estimer les chances de succès de l'opération, fait le partage des responsabilités ; il sera le barreur de l'annexe avec deux matelots aux rames. Le voilier reste aux mains d’un autre matelot qui aura lui aussi fort à faire. Moi-même, son premier matelot, j’aurai pour tâche de sauter à l'échelle de corde : je serai donc le pilote si tout se passe bien.

Le premier bâtiment n'est plus qu'à 400 mètres du Clara Yvonne. Amarrée au flanc du voilier, l'annexe est prête pour l'opération délicate : à son bord, Jean Quéméneur, patron barreur, les deux matelots rameurs et moi-même. Le voilier, tenu en navigation par le troisième matelot, est maintenant à hauteur du cuirassé. Les deux bateaux avancent de concert et en parallèle ; dix mètres les séparent. Le voilier est à l'avant tribord du bâtiment américain. Leurs vitesses s'équilibrent. C'est le moment décisif : le canot lâche l'amarre qui la retient au flanc du Clara Yvonne ; il est libre, les rameurs souquent dur sur les avirons pour garder au mieux la frêle barcasse en parallèle avec le gros, tout en se laissant drosser lentement vers le flanc de celui-ci. Fort heureusement, l'annexe se trouve maintenant sous le vent du cuirassé et, de ce fait, le 'clapot' a diminué, mais il reste cependant la houle, ce qui fait que l'embarcation est encore malmenée.

Ça y est, nous sommes tout près de l'échelle. Le flanc du navire est là, inquiétant : tantôt il s'incline sur l'annexe puis, inversant son mouvement oscillant, s'incline dans l'autre sens et s'écarte du canot pilote. Jean Quéméneur a fort à faire avec la bonne tenue de sa coquille de noix à côté de ce gros canard qui barbote sans ménagement dans la grande mare. Le flanc du bâtiment s'incline à nouveau au dessus de l'annexe, l'échelle de corde s'écarte de la coque du navire. Pendante, près de l'embarcation, elle est là, à 1,50 mètre ; c'est le moment précis et très court que je mets à profit pour sauter : « 1, 2, 3 c'est réussi ! » Je tiens bon aux échelons de bois.

Il faut maintenant grimper très vite, afin de ne pas être cogné sur la coque du navire, comme un caillou au bout d'une ficelle. Un officier, revêtu d'un ciré, parlant bien le français, m'accueille sur le pont du cuirassé et me demande de le suivre rapidement, car les lames, de temps à autre, balayent dangereusement la plage avant, jusqu'à la hauteur du troisième pont.

Quelques instants plus tard, je suis sur la passerelle et prends la responsabilité de la conduite de toute la flottille de mastodontes vers Brest. Pendant que je grimpais à l'échelle, Jean Quéméneur, patron barreur de l'annexe avait réussi à s'écarter rapidement des flancs du cuirassé et à rejoindre, non sans difficulté, le Clara Yvonne. Tout était bien de ce côté-là aussi.

Sitôt le pilote embarqué sur le navire de tête, j’aperçois les autres cuirassés, en masses imposantes sur la mer, se disposer en ligne de file, afin de suivre les ordres qui leur seraient donnés pour entrer dans le goulet. Mais je vois aussi, ce qui m’intrigue au plus haut point, un important mouvement de bâtiments français qui naviguent dans les parages.

Tout va pour le mieux dans cette délicate opération ; on laisse déjà à bâbord la pointe Saint-Mathieu ; les bâtiments avancent bon train afin de garder leur maniabilité.

Je suis tout à mes alignements, lorsqu’une énorme déflagration déchire l'air et fait trembler le cuirassé de la poupe à la proue. Les vitres de la passerelle vibrent. Mes cheveux se dressent sur ma tête. Spontanément je pense : « Touché ! Une mine ! Une si belle opération de pilotage gâchée par une mine.» Mais, bien vite, à voir le flegme du commandant et des autres officiers, je réalise que cette explosion n'était autre que le premier des vingt et un coups de canon du salut de la flotte alliée à la terre.

C'est à ce moment-là seulement que j’ai appris que le paquebot George Washington, qui faisait aussi parti du convoi, avait à son bord, M. Thomas Woodrow WILSON, Président des États-Unis. Il venait en Europe pour une visite d'amitié en France et en Grande-Bretagne ainsi que pour préparer les prémices du traité de paix entre les Alliés et l'Allemagne (Traité de Versailles de 1919). Ainsi, les coups de canon signalaient aux Brestois l'arrivée du visiteur de marque dans notre pays. Certes j’avais bien vu que plusieurs unités françaises et américaines étaient sorties de la rade de Brest, mais je n’avais pas imaginé que c’était une escorte d’honneur pour un éminent représentant d’un pays allié : les États-Unis. J’avais seulement pensé qu’il s’agissait d’une rencontre entre flottes alliées pour fêter l’armistice du 11 novembre et la fin de cette terrible guerre.

Cela faisait plus de vingt quatre heures que l’équipage était à la mer et le port d’attache de le Clara Yvonne n’était pas Brest mais Le Conquet.

Quelques minutes plus tard, à 13 heures, ce 13 décembre 1918, l’armada américaine entrait en rade de Brest et se disposait en double file au mouillage.

"Il ne pleuvait plus, mais le temps était demeuré boueux. Vent d'ouest et gros clapotis. Dans les bassins et sur la rade, les bateaux avaient arboré le grand pavois, leur toilette de bataille et de parade. Il semblaient attendre, eux aussi."  (Extrait de l'illustration "Panorama de la guerre" : premier voyage de Wilson en Europe, d'après Roger Guillien)

(NDLR : de Marcel Le Boïté : j’ai relu avec plaisir le compte-rendu fait par Raymond Lestonnat, pour l’ILLUSTRATION n° 3955 du 21 décembre 1918. « Le ‘Georges Washington’, sur lequel le président Wilson a arboré son pavillon personnel – bleu à aigle d’argent tenant dans ses serres l’écusson des Etats-Unis à bandes alternées rouges et blanches – est un paquebot du Norddeutscher Lloyd de Brême, construit en 1909, aux chantiers Vulkan à Stettin… » Ce paquebot fut saisi par le gouvernement des Etats-Unis, « mais comme il portait le nom de l’un des fondateurs de la grande république, on ne le débaptisa pas comme on le fit pour les autres paquebots allemands passés sous pavillon américain ».Le journaliste poursuit sa description de l’accueil de M. Wilson par une armada de navires américains : Utah, Nevada, Oklahma, Arizona, Wyoming, battant le pavillon de l’amiral Sims, Arkansas, Texas, New-York et Florida. « C’est ce que la flotte américaine possède de plus puissant comme navires de combat. »)

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La fin de la guerre

 

La guerre terminée, j’ai poursuivi mes fonctions de premier matelot sur le voilier pilote de Jean Quéméneur, le Clara Yvonne, et ce jusqu’au 6 février 1919.

Toutefois il fallait remettre en état les bateaux de pêche, au sec depuis quatre ans, au fond du port du Conquet. Au titre des dommages de guerre, l'Arsenal de Brest prenait en charge les réparations qui s'imposaient. Au Conquet, il y avait quinze bateaux dans ce cas. Seule était à la charge du patron-pêcheur, la nourriture des ouvriers qui effectuaient les réparations : arpentage, calfatage, peinture,....

 


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Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /Jan /2009 14:12

La guerre 1914-1918

 

Août 1914 - Avril 1917

 

C'est la mobilisation générale. Moi-même je suis mobilisé le 3 octobre 1914 (j’ai 35 ans). Je désarme mon bateau et le conduis au Croaë, au fond du port du Conquet, où il restera au sec pendant les quatre années de guerre. Mon père, 56 ans, ne peut, sans bras solides, continuer la pêche. Le port du Conquet ne comprend désormais plus que des mousses, des novices, des vieux non mobilisables.

Dès mon incorporation au Deuxième Dépôt des Équipages de la Flotte à Brest (Centre mobilisateur), je suis affecté au sémaphore du Parc-au-Duc à Brest, dans l'enceinte du Château. Je reprends donc mes fonctions de guetteur auxiliaire.

Le 15 janvier 1916, une note de service de la marine demandait des guetteurs volontaires pour le sémaphore de Saint-Mathieu. Avec le plaisir que l'on devine, je me porte volontaire pour la simple raison que je ne serai qu'à une heure de marche, 4 kilomètres, de ma famille (j’ai 2 enfants, et mon épouse est enceinte), de ma maison, de mon bateau.

À la demande de mon supérieur, j’ai accepté d’assurer le ravitaillement du phare en mer des Pierres Noires, le vieux patron du bateau ravitailleur étant malade. J’assume cette fonction pendant deux mois ; après quoi, j’ai rejoint le sémaphore ;

 

Les marins du Glessmalmor

 

Un soir de novembre, une embarcation munie d’un feu rouge se présente quasiment au pied du sémaphore. Comme il était 1 heure du matin et que j’avais à ma disposition une embarcation personnelle cachée dans une crique, j’éveille mes deux collègues qui n’étaient pas de quart. Je leur explique ce qui se passe, et, sous mes ordres, l’on met l’embarcation à la mer. Nous filons à toute vitesse, à la rame, vers l’endroit, et nous trouvons 13 hommes transis de froid, dans une barcasse à moitié coulée. Nous les avons conduits au sémaphore où ils ont été réconfortés par le premier-maître Le Bras, de Hanvec. Nous avons alors appris que les marins naufragés faisaient partie de l’équipage du vapeur anglais Glessmalmor qui avait coulé quelques heures auparavant. Ce sauvetage réalisé par trois guetteurs, a valu la Légion d’Honneur au chef de poste.

 

Le cargo Tembergen

 

Au cours de ce même mois de novembre j’ai passé de tristes nuits comme d’aussi tristes journées. Peu de temps après le Glessmalmor, ce fut au tour du cargo norvégien Tembergen. On m’avait envoyé d’urgence au Conquet (à pied) pour prévenir le patron du canot de sauvetage, Le Goaster, que ce vapeur faisait des signaux de détresse dans le Sud-Ouest de l’île Triélen. Le patron Le Goaster me demanda alors s’il serait possible que je me joigne à l’équipage qui n’était composé que de vieux marins. J’embarquai donc avec eux, à 2 heures du matin, par un temps affreux, avec grains de grêle. Nous étions de retour vers 8 heures, transis de froid ; le canot de sauvetage de Molène avait pu arriver sur les lieux avant nous et avait sauvé les 26 hommes d’équipage du cargo.

 

Pilote d’occasion

 

Un jour, Jean Quéméneur, patron du Clara Yvonne, qui m’avait vu à l’œuvre avec le canot de sauvetage, est venu frapper à la porte du Sémaphore en demandant si je pouvais l’aider en prenant la charge de Premier matelot à bord de son voilier pilote du Conquet. Mon rôle consisterait, dans ce cas, à prendre la responsabilité du bateau-pilote lorsque le patron montait à bord d'un navire pour le conduire en rade de Brest. Cette dernière fonction inattendue allait modifier totalement ma carrière maritime et constituer le tournant décisif de ma vie de marin.

Pour assumer cette nouvelle tâche bénévole, j’ai présenté une demande en bonne et due forme auprès des autorités militaires, car même à des fins humanitaires, on ne quitte pas son poste militaire ou le sémaphore sans autorisation préalable. Et c’est ainsi que L'Amiral Barthe, Chef de la région maritime de Brest, m’a donné son accord écrit pour me permettre de participer à cette nouvelle tâche occasionnelle.

La charge de Premier matelot à bord du bateau pilote Clara Yvonne, où je serai officiellement affecté le 22 avril 1918, me plaisent beaucoup : je bourlingue sur la mer, par tous les temps. Une fumée dans l'Ouest de l'Iroise, c'est le signal du départ pour le voilier pilote. Si le temps est beau, déposer le pilote à bord du navire sera facile ; mais si le vent souffle en tempête, l'opération de transfert sera pénible, voire périlleuse. Le pilote parti avec le navire, je deviens le patron du Clara Yvonne et, avec les autres vieux matelots, je termine éventuellement la pêche journalière, puis je rentre au port.

 

Avril 1917- Décembre 1918

 

4 Avril 1917 : Les U.S.A. entrent en guerre contre l'Allemagne, aux côtés des forces alliées. Le trafic maritime entre l'Amérique et Brest s'intensifie de jour en jour. Les convois de navires de toutes sortes, marchands, paquebots, escortés de bâtiments de l' U.S. NAVY, se présentent en masses imposantes dans l'Ouest de l'Iroise. Tous ces convois arrivent chargés d'hommes de troupes, de matériel de guerre, de vivres, destinés au front. Le pilote peut, à lui seul, conduire toute une flottille de navires en rade de Brest. Il suffit de naviguer dans le sillage du navire de tête qui a embarqué au passage le pilote.

Brest devenait une des plaques tournantes de la seconde et dernière partie de la guerre 1914-1918. Le village de Pontanézen, dans la périphérie de Brest, sur la commune de Lambézellec (actuellement englobée dans l'agglomération), devenait une ville champignon : zone de transit pour les hommes et pour le matériel de guerre. Le 24 mai 1917 arrivait le premier grand convoi de 42 152 hommes.

Les pilote côtiers dont celui du Conquet, Jean Quéméneur, sont débordés par cet afflux de navires qui arrivent par vagues successives dans l'Iroise. Souvent, à peine a-t-il pris en charge un convoi, qu'un deuxième se présente et cherche en vain le service d'un pilote. Certains commandants qui connaissent un peu les parages d'Ouessant et du Goulet de Brest, font cap timidement et entrent par leurs propres moyens en rade de Brest. D'autres moins audacieux ou plus prudents, attendent impatiemment le pilote au Sud-Ouest de Saint-Mathieu, au risque de se faire torpiller par les sous-marins allemands. C'est devant cette carence des services de pilotage, que je décide de mon propre chef, mais avec l’accord de Jean Quéméneur, d'offrir mes services de pilotage lorsque mon patron est déjà embarqué sur un précédent navire ou convoi. La conduite du voilier est alors confiée au Second matelot.

Désormais, notre service de pilotage s’en trouve quelque peu amélioré. Il faut rappeler que lorsqu'un pilote côtier conduit un navire à Brest, son travail consiste à l'emmener en baie de Roscanvel, dans la rade de Brest. Le pilotage à quai, au port de commerce ou au port de guerre, sera assuré par un pilote du port de Brest qui connaît bien les mouvements du port et les disponibilités des quais en accord avec les capitaineries civile et militaire.

Comment récupérer le pilote parti à Brest avec un navire ? Deux solutions possibles :

1°) la plus simple : le voilier pilote suit le navire piloté vers la baie de Roscanvel. En fin de parcours, le voilier embarque son patron et revient en attente dans les parages d'Ouessant, ou rentre au port ;

2°) le pilote est parti sur Brest avec le navire, le voilier pilote rentre au Conquet ; le navire arrivé en baie de Roscanvel, le pilote se fait déposer, par la vedette du bord, soit au port de commerce, soit sur la plage de Sainte-Anne. Dans ces deux derniers cas, il devra monter à pied jusqu'à la plus proche station de tramway départemental dont le service journalier lui permettra d'être le soir au Conquet.

Les fonctions de pilote auxiliaire, je vais les exercer conjointement avec celles du patron Jean Quéméneur sur le Clara Yvonne jusqu'au 6 février 1919.

 

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Le Leviathan : le « plus grand paquebot du monde ! »

(« Je ne suis pas pilote, mais… » )

 

Le trafic maritime du temps de guerre et jusqu'en 1917, était composé de navires isolés mais aussi et surtout de convois. Ceux venant du nord, d'Angleterre, transportaient du charbon car la région houillère du nord de la France est transformée en champs de bataille ; ceux venant du sud transportaient les matières premières de nos colonies. Il arrivait parfois que le patron Jean Quéméneur soit débordé : un deuxième pilote serait le bienvenu pour résorber le surcroît de travail. C'est ainsi qu'à plusieurs reprises, je fus amené à piloter sur Brest des navires venant du large lorsque le patron était déjà embarqué à bord d'un précédent bâtiment. Mais ceci n'était possible que par beau temps, lorsque le deuxième matelot du Clara Yvonne, un vieux marin, était capable d'assurer la navigation du voilier. C'est en ces occasions que je forgeais mes compétences de futur pilote.

Les événements vont se précipiter, car les U.S.A. nous apportent des forces nouvelles en hommes et en matériel. Dès cet instant, aux convois de navires marchands du nord et du sud, viennent s'ajouter les convois venant d'Amérique par l'ouest. Le trafic maritime s'intensifie de jour en jour. Le patron, Jean Quéméneur, et son premier matelot ne manquent pas de travail. Il faut faire face à la demande des services de pilotage. Le Clara Yvonne est toujours sur l'eau en navigation d'accueil dans le sud-ouest de Saint-Mathieu. Sitôt en vue des côtes bretonnes, les navires sont en quête de trouver au plus vite un pilote qui peut les conduire jusque dans la rade de Brest. Le voilier pilote ne connaît plus de répit. Le patron Jean Quéméneur et moi-même, son auxiliaire, nous nous relayons sans faillir aux opérations de pilotage : nous dormons peu, nous guettons sans cesse les panaches de fumées qui s'élèvent sur la mer, à l'horizon. Les sémaphores ne signalent pas l'arrivée des convois car ceux-ci n'émettent plus ; l'utilisation de la télégraphie est déconseillée afin de ne pas éveiller l'attention des navires ennemis, surtout des sous-marins. Par moment c'est un peu la pagaille ; certains capitaines, sans pilote, qui connaissent un peu les difficultés d'entrée dans le goulet de Brest, s'y aventurent, au culot, et entrent dans la rade par leurs propres moyens.

Tel est le contexte de l'époque dans lequel s'est déroulé le récit qui suit.

Le 2 mai 1918, au matin. Il fait encore nuit, une grosse brume envahit la mer. Un bon petit vent d'est souffle dans cette immensité noire et silencieuse. Dans ce décor lugubre de la nuit, un bateau, toutes voiles dehors, et sur la grande voile une ancre de marine peinte en blanc, glisse dans ce silence de mort. De temps en temps un son claironnant vient déchirer le calme de cette nuit ouatée. C'est la corne de brume du voilier de Jean Quéméneur qui signale sa présence dans cette zone de convois venant de l'ouest Iroise.

Le Clara Yvonne est là, depuis la veille, en opération d'accueil. Il attend les navires isolés et convois venant d'Amérique qui demandent les services de pilotage vers Brest. À son bord, Jean-François Le Boïté, votre serviteur, Premier matelot, et les autres vieux marins, assurent la navigation de nuit. Le patron, Jean Quéméneur, vient de quitter le voilier pour piloter un gros navire marchand vers la rade de Brest. Sur ses recommandations, le Clara Yvonne reste en attente dans cette zone de convois, car ces derniers arrivent, en général au petit matin devant les côtes bretonnes. Les sous-marins allemands se tiennent aussi dans cette zone côtière où ils ont plus de chances, en naviguant peu, de rencontrer des proies faciles à couler. Aussi les navires alliés n'aiment-ils pas traîner dans ces parages. « Rentrer au plus vite dans le port », tel est le mot d'ordre général de tous les bâtiments qui arrivent de l'Ouest, tous feux éteints. Les liaisons par TSF sont interdites au maximum. Le Clara Yvonne est donc là, en attente, dans la purée de pois, visibilité nulle.

Soudain, très faible et très lointain, un son grave, cadencé, se répétant toutes les minutes, vient troubler le silence de la nuit. Je reconnais bien vite dans ce son lugubre, la sirène d'un navire qui signale sa présence dans la brume. Il s’agit probablement d’un navire ou d’un convoi à piloter sur Brest. Les coups de sirène se font de plus en plus proches. Le ou les navires semble(nt) venir du nord-ouest. Un peu trop au nord pour prendre le Goulet. Cette direction le mènera immanquablement droit sur la chaussée des "Pierres Noires". Dans la brume épaisse, il semble ne pas avoir vu les éclats rouges du phare et les éclats blancs de celui de Saint-Mathieu. Si le navire est aussi majestueux que sa voix est grave, ce doit être un gros. Sa vitesse est assez lente, car, comme nous, il ne voit rien. Cap dessus, vers le nord-ouest, on arrivera sur lui assez vite.

Tout l'équipage est debout et se prépare pour l'opération de pilotage éventuelle. Pour commencer, il faut vérifier les fanaux de signalisation de bâbord et de tribord ; souffler la corne de brume de temps en temps et plutôt plus que moins ; allumer la torche et la hisser au haut du mat, car dans la brume ce ne sera pas facile de marquer notre présence.

Le Clara Yvonne file bon train, droit dans la direction du mugissement de la grosse sirène : " boutt.!...boutt..! " On ne voit rien mais on entend tout. « Attention ! m'écriai-je, il doit être tout au plus à 200 brasses de nous, j'entends ses hélices.... Paré à l'éviter ! Il ne faut pas qu'il nous coupe en deux. Comme il navigue tous  feux éteints, nous ne le verrons que lorsque nous serons dessus. Il y a sans doute une vigie de quelques hommes à l'avant du gros navire ; sans tarder elle devrait au moins voir notre torche du haut du mat et l'ancre de marine peinte sur notre grand-voile.» Le petit jour se fait déjà sentir.

Soudain, à 20 brasses sur l'avant du Clara Yvonne, une masse haute, énorme, se dresse devant nous. C'est effectivement une grosse baille. Des voix fortes s'élèvent de cette masse gigantesque, noire. La vigie avant du grand navire avait vite repéré la torche du voilier pilote. Aussitôt des bruits d'hélices qui battent en-arrière-toute, ceci afin d'immobiliser le bâtiment. Des rayons de projecteurs fusent de toutes parts et inondent le Clara Yvonne : on y voit comme en plein jour maintenant. À bord du navire c'est le branle-bas général, des hublots s'allument le long des flancs, des projecteurs 'Scott' émettent des signaux lumineux codés en des claquements secs ; destination ? : mystère pour l'instant ! Soudain un officier, reconnaissable à sa tenue et à ses galons, se penche le long du bord et, dans un porte-voix, hurle dans un mauvais français : « Nous avons besoin d’un pilote pour nous conduire à Brest.» Ce à quoi je réponds au porte-voix : « Je ne suis pas pilote, mais je peux vous conduire à Brest.» Réponse de l'officier : « Présentez-vous au sabord bâbord du navire et montez à bord.» Au passage, j’ai pu déchiffrer, lettre par lettre, le nom du navire peint à l'avant : L E V I A T H A N. Je ne savais pas qu'à ce moment j’allais mettre le pied sur le plus grand transatlantique du monde. Le bâtiment, de 54 282 tonneaux, transportait vers la France 6 842 ‘’Sammies’' et 853 tonnes de matériel de guerre.

(NDLR : LEVIATHAN : ex VATERLAND (« Patrie »), confisqué par les U.S.A., qualifié de plus grand navire du monde par le magazine « La Nature », le 3 mai 1913 (n° 2084), avait une longueur de 280 mètres, 30 m de largeur, 13 m. de tirant d’eau, 54282 TX, 11 ponts superposés, 61000 chevaux, vitesse moyenne : 22 noeuds. Lancé en Mai 1913 - c’est-à-dire un an après le naufrage du TITANIC - à Hambourg pour la ligne Hambourg-Amérique.)

Arrivé par le travers bâbord du navire, le Clara Yvonne accostait près d’une porte étanche qui venait de s'ouvrir dans le flanc du transatlantique, à un mètre au dessus de la ligne de flottaison. Là, j’étais accueilli par l'officier de pont et, quelques secondes plus tard, montais en ascenseur au 7ème étage, aux passerelles de navigation où je fus présenté au commandant de bord. Le dialogue commençait aussitôt entre officiers de navigation et moi. L'officier qui m'avait accueilli servait d'interprète ce qui facilitait les choses. Je fis remarquer aux officiers que leur navire était mal engagé pour rentrer à Brest. « Vous êtes trop au nord et, pour reprendre une navigation correcte, il faudra d'abord redescendre vers le sud, sinon c'est l'échouage à coup sûr sur la chaussée des Pierres Noires.»

Au début, je sentais bien une certaine méfiance de la part du commandant car il devait se demander : « Quel est cet homme qui se dit ne pas être pilote et qui prétend pouvoir conduire mon navire à Brest ? ». La discussion se termina dans la salle des cartes, attenante à la passerelle de navigation, où je lui montrais la position réelle de son navire. J’élaborai un programme de pilotage précis pour sortir le Léviathan de là. Les profondeurs d'eau de la zone m’ayant été communiquées, je jugeais, quelle devait être les dispositions exactes à prendre.

Mon plan, c'était la navigation à la boussole et à la profondeur des fonds inscrite sur les cartes. Inutile de songer à la navigation d'après les alignements côtiers, - ma technique préférée - , la brume épaisse et la nuit ne le permettant pas. Il faudra donc attendre un peu le jour avant de lever l'ancre. Devant mon apparente assurance, commandant et officiers étaient devenus plus confiants. Quittant la salle des cartes et m'engageant sur la passerelle de navigation, je m'aperçus que le petit jour me permettait de distinguer maintenant le Clara Yvonne le long du bord qui attendait les ordres : partir ou rester encore ? Puis soudain, je vis dans la brume, à partir de 50 mètres du Leviathan, et s'échelonnant loin derrière, toute une armada de torpilleurs et gros navires marchands. Le Leviathan n'était donc pas seul, il était le navire de tête d'un grand convoi ! Tous ces navires immobiles étaient groupés, au mouillage, comme des poussins autour de la mère poule sur un nid ouaté de brume. Les mystérieux signaux lumineux codés du début de la rencontre, sur le Leviathan, étaient donc destinés à ces autres navires et leur avait annoncé ainsi : « Avons rencontré pilote. Stoppez tout. Attendez les ordres.»

6 h 30 : il fait jour. Contre toute attente, la brume ne s'est malheureusement pas dissipée. Il faut appliquer le plan de navigation que j’ai prévu une heure ou deux plus tôt. C'est le moment du départ. Il faut faire vite maintenant car des navires immobiles, de jour, sont des proies faciles pour les sous-marins ennemis. Les deux sondeurs de fonds sont à l'avant du Leviathan. Les bruits des cabestans qui tournent et des chaînes qui s'enroulent signifient qu'on lève les ancres. Le grondement sourd venant des machines s'accélère. Le bâtiment frémit, les hélices battent en avant doucement. Le convoi s'ébranle, il se dispose en ligne de file, cap au sud. La grosse sirène à brume du Leviathan qui s'était tue pendant la pause, reprend sa cadence rythmée. Les deux sondeurs de l'avant transmettent rapidement à la passerelle, leurs résultats. Soudain, on nous signale des profondeurs plus importantes, c'est ce que j’attendais avec impatience. Pour moi, le convoi est sorti de la zone dangereuse. « Vire de bord ! Cap à l'est toujours doucement, le Goulet est en face.» On ne le voit pas, mais je sais qu'il est là, droit devant.

Les quarts d'heure passent aussi longs que des heures. Tout à coup je deviens conscient de mon énorme responsabilité. À la passerelle, avec moi, sont présents : le commandant et tous les officiers de navigation. Je lis l'inquiétude sur tous les visages, ce qui me met mal à l'aise. Soudain je crie : « Saint-Mathieu à bâbord N-E » Effectivement, dans la brume qui venait de s'effilocher lentement, dans un timide rayon de soleil, je distinguais la côte qui m’est si familière ; puis se tournant vers l'officier interprète, je lui dis : « Plus rien à craindre. Notre direction est bonne. Informez le commandant et les officiers. Stoppez le travail des sondeurs de fonds.» Aussitôt interprété, cet ordre provoqua la rupture du silence des hommes de la passerelle. La bonne humeur et la sérénité étaient revenues sur tous les visages. « Augmentez la vitesse afin de rendre le navire plus maniable et plus obéissant, nous allons aborder certains courants côtiers qui risquent de nous gêner.»

Plus on avançait vers l'est, plus les côtes se précisaient ; bientôt même on distingua, dans la brume, la pointe du Toulinguet et Camaret dans le S-E. Les 6 842 ‘‘Sammies’’, qui jusqu'alors semblaient absents du bord tant ils étaient calmes, à la vue des côtes françaises se mirent à chahuter et à chanter en chœur : « Overthere, overthere ! »...... On se serait cru dans un car se rendant à une noce. Les pauvres ! La guerre, le front, les attendaient.

Le passage du goulet se fit sans difficulté ; la mer était belle. Lorsque le convoi arriva à la hauteur du phare du Portzic, toute la rade de Brest était baignée dans une brume épaisse à couper au couteau. Peu importait maintenant cette brume. « En avant doucement, maintenez la sirène de brume. Obliquez sur tribord, nous entrons en rade de Brest, dans la baie de Roscanvel. Dès que nous verrons un corps-mort, préparez le poste d'amarrage, puis vous ordonnerez le mouillage du convoi à côté de vous. Mon travail est terminé.»

Aussitôt, ce fut sur la passerelle des applaudissements nourris et des félicitations du commandant et de ses officiers à mon intention. Il était alors 8 h 30, en ce matin du 2 mai 1918.

Après les signatures des rapports de pilotage, je quittais le Leviathan par l'ascenseur et la petite porte blindée par laquelle j’étais entré quelques heures plus tôt. Le Clara Yvonne était là : il avait suivi le convoi pendant le pilotage. Maintenant il fallait récupérer aussi le patron-pilote, Jean Quéméneur, qui devait être en attente au port de commerce.

Puis nous sommes retournés au Conquet pour nous reposer et, dès le lendemain, nous avons repris l'opération d'accueil dans l'Iroise.

NDLR :

Extrait de la Dépêche de Brest et de l’Ouest du 12 août 1937 :

«  (En avril 1918,) le problème se posa de trouver, en France ou en Angleterre, le port qui conviendrait pour recevoir le plus grand paquebot-transport du monde, Le Leviathan. Deux fois on l’envoya à Liverpool, où il fut retenu par les variations de marées et la lenteur de l’embarquement du charbon, une première fois 42 jours, et une deuxième fois, tout un mois. On décida alors d’essayer Brest, où l’on espérait réduire ce délai si préjudiciable à tous points de vue.

« Le grand navire arriva donc sur rade, à 8 h 30, le 2 mai 1918 et en repartit le 5, à 20 heures, n’étant resté à Brest que 83 heures et demi, après avoir débarqué 6.842 hommes, 853 tonnes de matériel et embarqué 4.200 tonnes de charbon et 2.000 tonnes d’eau.

« Cette importante réussite valut à tous ceux qui y avaient collaboré, armée et marine, les félicitations de l’amiral Wilson, commandant en chef de la marine américaine en France et dont les services occupaient l’immeuble du Crédit Lyonnais de la place du Champ-de-bataille (actuelle place Wilson : NDLR). Une anecdote dit qu’en apprenant l’exploit accompli par Le Leviathan, l’amiral Sims, commandant la Marine américaine en Angleterre, avait, de joie, jeté sa casquette au plafond, en présence de plusieurs amiraux anglais frappés d’une digne stupéfaction. »

 

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(Fin de la 2ème partie)


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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /Jan /2009 16:11

(Texte de Marcel Le Boïté & extrait du  journal de Mademoiselle Élisa Causeur)

Au début de l’occupation allemande au Conquet, survint un épisode important qui concerna mes cousines Raguénès : Léonie (Nini) et Marie (Mimi), ma marraine. Voici donc comment cela a commencé, puisque j’en ai été, au tout début, le témoin visuel.

Quelques jours avant l’occupation de la capitale, un journal dont je ne me rappelle plus le nom, avait publié un article sous forme de pamphlet contre les Allemands. Le poète et historien allemand Schiller (1759-1805) était supposé être interrogé par un journaliste contemporain qui lui demandait :

« Votre œuvre fait allusion à plusieurs pays de l’Europe : par exemple, Jeanne d’Arc pour la France, Marie Stuart pour l’Angleterre, la Fiancée de Messine pour l’Italie, Don Carlos pour l’Espagne, Guillaume Tell pour la Suisse ; mais qu’avez-vous donc écrit pour les Allemands ? »

Et Schiller de répondre : « Les Brigands ».

Les communs de la propriété Raguénès, 16-18 rue Poncelin, avaient été, dès les premiers jours de l’occupation, réquisitionnés par les Allemands qui y avaient logé chevaux et véhicules. Léonie Raguénès, exaspérée par des soldats qui venaient fréquemment mettre le nez aux fenêtres donnant sur la cour, découpa l’article et le placarda à la vitre de la porte qui donne du cellier sur ladite cour.

Un officier qui savait le français, eut la curiosité de lire l’article et en fit la remarque aux Raguénès, en demandant de l’enlever. Cet officier fit son rapport à la Kommandantur ; et c’est ainsi que le 7 août 1940, à 7 heures du matin, la police allemande frappa à la grande porte du n° 16.

Branle-bas ; premier interrogatoire : « Qui est responsable de l’affichage de l’article ? » Léonie était d’une constitution fragile, aussi sa sœur Marie, consciente des conséquences qu’aurait eu un internement aussi court soit-il sur sa santé, prit le parti de répondre à cette question par : « c’est moi ! » Mais Léonie ne voulut pas en rester là : elle affirma qu’elle était seule responsable. Ainsi débuta l’affaire judiciaire et carcérale de Léonie Raguénès. Voici l’extrait du journal de Mademoiselle Elisa (Zaza) Causeur, l’amie des deux sœurs :

« Nini est enlevée, envoyée en auto à Brest, passe devant le conseil de guerre au tribunal militaire de l’hôtel Moderne et, sans aucun avocat pour la défendre, est jugée et condamnée à deux ans de prison. Enfermée à Pontaniou pendant trois semaines, personne de la famille n’est autorisé à la voir. Elle est cependant bien traitée et le juge allemand, vu par Mimi (Marie Raguénès) et moi (Zaza Causeur), l’autorise à recevoir à peu près tout ce que nous désirons lui passer.

« Le Sous-Préfet et le Procureur de la République ont obtenu que la prisonnière ne soit pas envoyée en Allemagne et qu’elle fasse sa peine dans une prison française. Le Bouguen ‘‘reçoit’’ Nini le 2 septembre, prison infecte où elle est assimilée au même régime que les condamnées de droit commun. Les surveillantes quoique françaises sont infâmes.

« Le 19 novembre 1940, des soldats allemands font sortir les prisonniers politiques du Bouguen.

« À 7 heures du matin, Nini quitte cette prison, à jeun, avec pour tout viatique une boule de pain dans sa poche. Pendant les 78 jours qu’elle a passé au Bouguen, à part la soupe du matin à 9 h, et celle du soir à 16 h, elle n’a eu aucun repas chaud. À la gare de Brest, où les soldats la conduisent, elle trouve mesdames Le Saun et Riou, venant de Quimper, puis mademoiselle Manac’h. Ces dernières lui apprennent que c’est à Rennes qu’on les conduit. Elles passeront à la maison centrale l’hiver entier ; à Pâques, elles seront transférées à la maison d’arrêt. Les petites Riou et Le Saun, condamnées à trois ans de prison seront libérées le 1er août, sur la demande du chef de la Kommandantur de Guiclan.

« 1er septembre 1941 : Le directeur des services d’armistice à Quimper, Mr Duplan, fait savoir que la FeldKommandantur de Quimper a décidé que Léonie Raguénès serait dispensée du reste de sa peine à partir du 18 septembre 1941 ».

« 18 septembre, retour de Nini à la maison. Tout le monde pousse un ouf de soulagement, mais il était temps. Mr Duplan frère vient d’être contraint de donner sa démission. Elle (Nini) aura tout de même fait 13 mois de prison. »

(Fin de l’extrait du journal de Mademoiselle Élisa Causeur)


Dans Le Conquet ce fut une joie de voir enfin Nini libérée et d’apprendre aussi que sa santé n’était pas trop altérée. Nous étions tous fiers d’elle !

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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /Jan /2009 14:16

Ma famille, mon enfance

 

1858

 

Mon père, Jean Marie Le Boïté, est né en 1858 à Ploubazlanec (Côtes-du-Nord). Mais il devint orphelin très jeune. D’abord sa mère meurt à Ploubazlanec en 1863 et son père un an plus tard à l'île de Sein. On se demande d’ailleurs si ce n’était pas à la suite dune bagarre. Jean Marie n'a alors que six ans. Je ne sais presque rien de son enfance et son adolescence, mais il commença sa carrière de marin très tôt. Il exerça son métier de pêcheur d'abord au port de Loguivy, puis rapidement il se mit à suivre les anciens, partis à la conquête de l’ouest, vers la mer d'Iroise.

À 22 ans, au cours d'une de ces expéditions, il a fait la connaissance de Marguerite Le Calvez, née en 1853 à Ploubazlanec. Ses parents avaient également suivi le mouvement de l'exode des pêcheurs de Loguivy vers Le Conquet.

Leur mariage eut lieu à Ploubazlanec le 15 mai 1880. Mon père est alors patron-pêcheur et son domicile est Le Conquet, tandis que sa jeune fiancée était domiciliée à Ploubazlanec.

De cette union naîtront huit enfants.

Mon père avait fait le choix, comme d'autres pêcheurs de Loguivy, de s'installer définitivement sur les côtes ouest du Finistère, et pour son choix personnel, plus particulièrement au Conquet.

Avant l'arrivée des pêcheurs de Loguivy, les ports du Conquet, des îles de Sein et de Molène, n’étaient pas très actifs.

Les pêcheurs autochtones du Conquet n'étaient pas des concurrents inquiétants. Ils étaient avant tout des cultivateurs, ayant en général une petite ferme de 2 ou 3 hectares (4 à 6 ‘‘journaux’’). La pêche était pour eux une petite activité des beaux jours dont les revenus modestes venaient s'ajouter aux gains des produits de leur terre et de l'élevage d’une vache ou deux, d’un cheval, d’une basse cour. Ce n’était pas non plus des exploitants patentés de la récolte du goémon, cette activité étant plutôt exercée dans les îles par ceux qui étaient venus des environs de Porsall, Porspoder.

La pêche au Conquet donnait bien ; celle des crustacés était particulièrement intéressante, mais elle exigeait des engins plus encombrants : casiers, cordages, bouées... Ce sont ces dernières particularités qui poussaient les pêcheurs à abandonner leurs petits "durzunel" de 1,43 tonneaux pour s'équiper en bateaux plus grands pouvant transporter loin, 36 à 42 casiers sur les lieux de pêche. C'est ainsi que mon père fit l'acquisition, à peu de frais, d'un bateau de 11 tonneaux, venant de Douarnenez, endommagé par une tempête, et qu'il baptisa Deux-frères.

 

1881

 

Je suis donc né au Conquet le 24 mars 1881. Comme on l'a vu, j’étais l'aîné des 8 enfants. J’ai fait ma scolarité primaire à l'école communale du bourg au Conquet.

On dit que j’avais une mémoire étonnante ; pour citer un exemple, je connais encore 'par cœur' non seulement les dates des faits marquants de ma vie, mais également, les noms des départements avec leurs préfectures et sous-préfectures, les psaumes, les chants grégoriens, les poésies... Ma récitation préférée était : « Tu seras soldat, cher petit » ! Oh ! ironie, elle ne s’appliquera qu’à mon dernier fils, Marcel ! Les autres serviront tous dans la Marine.

Mes années de jeunesse se sont succédées sans histoires au Conquet. Mes moments de loisir, je les passais au port, dans les canots, sur le bateau de mon père, le Deux frères. Tout me disait que je serai pêcheur, moi aussi ; comment en aurait-il été autrement lorsque tout, autour de moi, dans ma famille et à l'extérieur, on ne parle, on ne pense que bateaux, palangres, casiers, filets, gréements, marées, roches et chenaux.

 

Ma carrière maritime

 

1893

 

En août 1893, j’avais alors douze ans, j’ai pris contact officiellement avec la profession de pêcheur, dans des circonstances presque inattendues.

Je suis en vacances, lorsque mon père, patron du Deux-frères, tombe soudainement malade. En famille, il est alors décidé que le bateau continuera la saison de pêche et que le premier matelot, Guillaume Quéré, prendra temporairement les fonctions de patron, le second matelot assumera la charge de premier matelot. Ma mère m’a alors demandé si je pouvais embarquer pour représenter mon père à bord et faire valoir la part d’engins de pêche qu’il possédait. J’étais d’accord car je connaissais bien le bateau. Embarque, moussaillon ! sur le Deux frères pour la pêche d'été, jusqu'à la fin de septembre 1893.

 

Le choléra

 

Cet été-là, nous rentrions assez rapidement de la pêche car sévissait alors une épidémie de choléra qui frappait beaucoup d’habitants, et notamment des îles. Notre retour à terre était surtout dicté par l’impatience de savoir si personne de notre entourage n’était atteint ou même mort, car dès le décès constaté, le corps était inhumé afin que la maladie se propage le moins possible.

Avec un oncle, je suis même allé assurer le ravitaillement de Béniguet frappée par l’épidémie. Nous déchargions les provisions sur un rocher de l’île et nous repartions pour Le Conquet sans nous soucier de l’état de santé des habitants. Bizarrement, c’est l’une des jeunes habitantes de l’île que j’épouserai plus tard !

Après l’été, mon père ayant recouvré la santé et pu reprendre la barre de son bateau, moi, de mon côté, j’ai repris le chemin de l'école pour passer et obtenir mon certificat d’études. C’était alors une distinction fort honorable.

 

Le mousse

 

L'année 1893-1894 s'est déroulée sans problèmes particuliers. À la fin de l’année scolaire, j’ai obtenu mon certificat d’études. Les grandes vacances arrivées, j’ai repris la mer comme mousse avec mon père, le 11 juillet 1894, car l'un des matelots avait commencé la pêche à son compte. Il faut préciser qu’en cette année, j’avais déjà cinq jeunes frères et sœurs, et qu’il n'y avait, à cette époque, ni assurance sociale, ni allocations familiales. La maladie, le nombre important d'enfants, pouvaient mettre une famille sur la paille. Mon travail sur le bateau permettait d'économiser le salaire d'un matelot de deuxième classe, ce qui augmentait d'autant les revenus de la famille.

Il en est ainsi décidé : moi l'aîné, je n'irai plus à l'école, si ce n'est à celle de la vie ! Je commence déjà, à 13 ans, ma longue carrière de marin.

Si la pêche a son côté agréable pendant la belle saison, il n’en va pas de même en hiver. Je me souviens que les mois de novembre et de décembre 1894 furent très durs : pluie, vent, glace. Le 19 décembre, je suis débarqué : j’ai les mains enflées par le froid, les doigts crevassés par les engelures ; c’est un supplice pour moi que de saisir les drisses des voiles et les orins des casiers. Ainsi se terminait tristement ma deuxième campagne de pêche : j’étais vaincu par les rigueurs de l'hiver. Les beaux jours revenant, je repris la mer le 20 mars 1895.

 

Le novice

 

Jusqu'au 23 mars 1897, à l’âge de 16 ans, j’exerce les modestes fonctions de mousse. Je ne suis plus un enfant, et commence à prendre des responsabilités. Mes seize ans me donnent le droit au titre de 'novice'.

 

Le matelot

 

Depuis le mois d'août 1896, j’ai quitté le Deux frères pour m'employer sur d'autres bateaux dont les patrons sont en quête de main d'œuvre. Si certains patrons pêcheurs n'avaient pas assez de bras pour former leurs équipages, mon père, avec tous ses jeunes garçons, en avait ‘à revendre’.

Je laisse donc la place au suivant de mes jeunes frères, Joseph, afin que, comme moi, il puisse bénéficier de la formation professionnelle de base dispensée par mon père. J’embarque alors sur le Notre Dame d'Espérance en 1899, à 18 ans, ce qui me vaut le titre de 'matelot'. Mes embarquements successifs seront : l'Euphrasie, le Saint-Louis, puis le Bernadette.

 

Le militaire

 

Le 1er Octobre 1901 (j’ai 20 ans), c'est le service militaire. J’avais déjà derrière moi 7 ans 28 jours de navigation à la pêche côtière.

La durée légale du service militaire à l'époque, était de deux ans, mais en ma qualité de fils aîné de famille nombreuse, j’ai été dispensé d'une année.

Comme tout Inscrit Maritime, j’effectue mon service militaire dans la Marine Nationale, avec la spécialité de guetteur sémaphorique. L'année comprend six mois de cours spécialisés et six mois d'affectation en qualité de guetteur auxiliaire au sémaphore de Créachmeur (à Bertheaume, près du Trez-hir). Le 30 septembre 1902, libéré, je rentre au Conquet. Je suis majeur.

 

La pêche en Angleterre

 

Le 4 octobre 1902, je reprends du service à la pêche, pour quelques jours sur le Sainte-Anne d'Auray. Pendant toutes ces années passées, le vieux Deux frères avait continué à naviguer avec mon père comme patron. Il estime qu'il est temps de changer de bateau et fait alors l'acquisition d'un bocq de 11,97 tonneaux, construit à Paimpol cinq ans auparavant, qu'il baptise aussi Deux frères. Il avait besoin d'un premier matelot, et c'est moi qui assumerai cette fonction.

Arrive 1903, mon père et moi décidons d'élargir notre horizon de pêche : partir vers les côtes anglaises, à la limite des eaux territoriales, à l'extrême pointe de la Cornouaille anglaise, aux îles Scilly, Penzance étant alors le port de refuge en cas de tempête durant la campagne.

Pourquoi cette subite décision ? Les ports de Sein, Camaret, Le Conquet, Molène, s'étaient développés considérablement à la fin du 19ème siècle (par le nombre de bateaux et l'amélioration des techniques de pêche) et le phénomène de surexploitation, identique à celui de Loguivy-de-la-mer vers 1850, se faisait également sentir dans l'Iroise et les parages d’Ouessant. Deux solutions étaient possibles :

1°) Étendre la zone de pêche plus loin vers l'ouest, car le plateau continental sous-marin se prolonge bien plus loin que le champ des opérations de l'époque. Dans ces zones, la profondeur augmentait et les limites des possibilité ne dépassaient pas 45 mètres de profondeur pour la pêche aux casiers.

2°) Trouver d'autres nouvelles zones de pêche à exploiter, par exemple le plateau continental anglais. La grosse difficulté : traverser la Manche. C'est pourtant cette solution que nous allions adopter.

Les opérations de pêche sur les côtes anglaises se faisaient uniquement pendant les semaines de mortes-eaux, durant la belle saison : de mai à septembre. Il faut préciser que les anglais, bien qu'excellents marins par ailleurs, n'étaient pas des pêcheurs chevronnés. Leurs côtes attiraient les pêcheurs bretons, du moins ceux qui avaient l'audace d'affronter la traversée de la Manche avec un chargement de casiers. La crainte était la tempête toujours possible ou son contraire, le calme plat au milieu du parcours. Il ne faut pas perdre de vue que les bateaux ne fonctionnaient qu'à la voile et qu'ils n'étaient pas pontés.

Le Deux frères effectue des campagnes de pêche en Angleterre, de 1903 à 1906. Mais pendant cette période, un événement très important est survenu dans ma famille : ma sœur cadette Ernestine est entrée au noviciat des Sœurs de l’Adoration perpétuelle et je suis allé à Quimper, avec mes parents, assister à la cérémonie le 9 mars 1905. Ce fut très émouvant !

 

Le patron de pêche

 

Si mes souvenirs sont exacts, je pense que c’est en raison de la mauvaise santé de mon père que nous n’avons pas poursuivi l’expérience de pêche en Angleterre. Nous nous contentions alors de faire la pêche dans les parages d'Ouessant.

Afin de mieux connaître les fonds rocheux de cette immense zone, je me suis procuré alors des cartes marines ; je les ai étudiées et j’ai découvert ainsi un outil précieux pour mes futures campagnes. Ma formation de guetteur sémaphorique, pendant mon service militaire, m’avait appris à lire et interpréter des cartes identiques. J’ai donc commencé à apprendre sur le bout des doigts, et à connaître 'par cœur', les basses, les accords de roches, les failles, les chenaux, et surtout les alignements favorables de l'archipel ; annuaires des marées et cartes marines sont devenus mes livres de chevet.

En mars 1907, je deviens le patron du Deux frères ; j’ai vingt-six ans et mon père, qui a alors 49 ans, est souvent malade et m’a confié la barre de son bateau.

 

Mon mariage

 

1909 est une date importante dans ma vie. En effet, le 21 avril de cette année-là, je me marie avec Marie Françoise Joséphine COPY. Celle-ci est née en 1883 à la ferme de la presqu'île de Kermorvan, à l'époque commune de Ploumoguer, mais qui va, sans doute bientôt, faire partie du territoire de la commune du Conquet.

La famille Copy, exploitant agricole sur les terres de la presqu'île de Kermorvan, aux îles Béniguet et Quéménès, où elle n'était que fermier, possédait beaucoup de biens fonciers bâtis en ville du Conquet. Marie Françoise, ma femme, recevait à son mariage deux maisons sises au 8 de la rue Saint-Christophe ainsi que des maisons anciennes situées place de l'église.

 

Le Vierge de Massabielle

 

Aussitôt après mon mariage, avec l’entier accord de mon épouse, il est décidé de remplacer au plus vite le Deux frères, devenu trop vieux. La commande fut faite à un chantier du Conquet et la construction débuta aussitôt. Pour en assurer le financement (les acomptes s'effectuaient au fur et à mesure de l'avancement des travaux), il fallait trouver de l'argent. Les maisons anciennes de la place de l'église furent alors vendues. Le 10 décembre 1910, le nouveau voilier reçut le nom de Vierge de Massabielle, et prenait la mer. C'était un bateau non ponté de 12,16 tonneaux, à voile, et sans moteur.

Durant les étés 1911, 1912, 1913 et jusqu'en Octobre 1914, la Vierge de Massabielle assure les campagnes de pêche sur les côtes anglaises. En dehors de ces périodes, la zone de pêche est l'archipel d'Ouessant-Molène.

 

Sauvetage d’un enfant

 

Le 3 novembre 1912, j’étais affairé sur mon bateau lorsque j’ai entendu appeler au secours. Je cherche pour savoir de quel côté venait l’appel. Enfin je le situe : il s’agissait d’un enfant, qui venait de tomber d’un canot. Je m’approche le plus que je peux, puis voyant mon impuissance à m’approcher davantage, je me jette à l’eau pour secourir l’enfant qui commençait à montrer des signes de faiblesse car l’eau était glaciale en ce début de novembre. Les pêcheurs situés à la pointe des blagueurs (Saint-Christophe) avaient vu le spectacle et beaucoup étaient rapidement descendus pour me prêter main forte et nous sortir, moi et le petit, de la flotte. C’est à ce moment que je me suis aperçu qu’il s’agissait du jeune Kernéis, âgé de neuf ans. Je l’ai revu ce petit, pas plus tard qu’au mois de juin dernier (1955 : NDLR) lorsque je me trouvais à la clinique de Saint-Renan. Lui-même était hospitalisé pour je ne sais quelle raison. Le destin nous avait réunis tous les deux là, dans la douleur.


(à suivre)

 


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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /Jan /2009 09:54

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