La famille de Penancoët de Keroual

Publié le par M. Le Boïté

La famille de PENANCOËT de Keroual

(texte de Marcel Le Boïté appuyé sur différents articles publiés sur internet)

 

Après avoir vu « le fabuleux destin de Louise de Penancoët de Keroual », faisons un petit tour d’horizon de sa famille.

 

 

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Portrait de Guillaume de Penancoët

 

Son père, né vers 1615, était un militaire mais aussi un bon vivant. Il servit au siège de Hesdin en 1639, puis à celui d’Arras en 1640 où il fut blessé d’un coup de pistolet, et aux sièges d’Aire et de Bapaume en 1641.

 

Il fut fait guidon de la compagnie de gendarmes du cardinal de Richelieu, au retour de Perpignan ; puis élu pour commander l’arrière ban de l’évêché de Léon et major sous le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne.

 

Sa femme Marie de Ploeuc (vers 1625-1709) avait une réputation de beauté et semble avoir été une femme pleine de bon sens.

 

Lorsque leur fille Louise fut faite duchesse de Portsmouth, son père lui tint rigueur d’avoir obtenu ce titre par le biais de sa liaison avec le roi Charles II. Lorsque le roi Louis XIV, à son tour, la fit duchesse d’Aubigny, ce dernier s’empressera d’écrire ce mot au père de Louise, soucieux d’adoucir les humeurs d’un père outragé :

les services importants que la duchesse de Portsmouth a rendues à la France m’ont décidé à la créer pairesse, sous le titre de duchesse d’Aubigny, pour elle et toute sa descendance. J’espère que vous ne serez pas plus sévère que votre roi, et que vous retirerez la malédiction que vous avez cru devoir faire peser sur votre malheureuse fille. Je vous en prie en ami et vous le demande en roi. – Louis --…

Quoi qu’il en soit Louise ne reverra plus son père qui mourra en 1690.

 

Le fils aîné, Sébastien, seigneur de Chefdubois, est né en 1646, et décédé le 15 mars 1671 à l'âge de 25 ans, et inhumé lendemain à Brest (église des Sept-Saints), capitaine de vaisseau. Il n’a pas laissé de descendance.

 

Venons-en à la dernière Henriette Mauricette de Penancoët. Elle est née en 1657 à Guilers (29).

 

Henriette de Keroual arrive à Londres à l’invitation de sa sœur Louise, le 12 avril 1674. Par ordre du roi d’Angleterre Charles II, un gentilhomme est allé la chercher à Brest et la traversée s’est faite sur le yacht royal.

 


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Portrait de la comtesse de Pembroke, par Peter Lely en 1674

 

Henriette de Keroual est laide (d’après le portrait, on ne le dirait pas). De l’avis de tous « elle n’a rien de beau », mais dès son arrivée, une foule de prétendants se présente à elle, avide de pouvoir devenir le beau frère de la nouvelle favorite du roi. C’est Louise de Kéroual qui va choisir le prétendant d’Henriette, et son choix sera plus que malheureux. Le futur époux est Philippe Herbert, comte de Pembroke (7ème), un homme violent au tempérament colérique et à la débauche connue de tous.

 

Qu’importe, Henriette de Keroual sera comtesse de Pembroke. Le roi Charles II alloue à Henriette une pension de 600 livres sterling et lui verse une dot généreuse. Le mariage a lieu le 20 mai 1675 en présence de toute la cour.

 

A la mort de son époux qu’elle n’a jamais aimé, Henriette de Keroual, comtesse de Pembroke, retourne en France en août 1683.

 

Elle fuit l’Angleterre où elle n’a jamais été heureuse emportant avec elle un véritable butin. Aux Archives Nationales, on a conservé une commande faite par Henriette à Lesgu, gantier à Paris concernant sa lingerie intime :

  • dix huit paires de gants blancs transparents, parfumés à l’orange ou à l’ambre,
  • une paire de gants valant 33 livres garnis de rubans or et argent, à petits nœuds et en échelle dans la main
  • des gants brodés et bridés
  • des rubans « à la pointe de diamant »
  • des rubans de ceintures « avec de belles pentes » ou « des franges rose argent »
  • des gants parfumés à la violette ou à la hyacinthe
  • des éventails
  • des bas à coins dorés
  • des jarretières « feuille morte argent »
  • deux fontanges de crêpe d’or
  • des tabliers couleur de rose avec une nue d’argent autour

 

Lors de son départ d’Angleterre, plusieurs navires sont nécessaires pour embarquer les affaires d’Henriette :

 

  • Des coffres remplis d’étoffes des Indes à fleur d’argent, de moire de soie, de flanelle
  • Des guéridons et bordures de miroir
  • Cent livres d’épingles et aiguilles
  • Des bougies pour un poids de cent livres
  • Cinq livres de poudre de senteur
  • Dix sept douzaines de paires de gants
  • Treize paires de bas de soie
  • Treize livres de café
  • Six pains d’épices
  • Quatre balles de savon
  • Du chocolat, des raisins de Corinthe, du poivre, des clous de girofle, des noix de muscade, du sucre, de la cannelle.
  • Le lit d’Henriette : en velours de Gênes cramoisi en blanc à ramages, entièrement doublé de satin blanc avec le ciel, dossiers et la courtepointe de broderie.
  • Un grand cabinet de « vieux laque-Chine » garni d’une belle cassolette d’argent,
  • Vingt et une pièces de tapisserie
  • Un écran « fort riche de grotesques »
  • Des pots à thé
  • Des meubles en quantités
  • La batterie de cuisine.

 

Quant aux bijoux, Henriette prend soin de ne rien oublier :

 

  • Un collier de perles d’une valeur de 20 000 livres,
  • Des pendants d’oreille et agrafes estimés à 12 000 livres,
  • Une miniature de Charles II entourée de diamants valant 2 000 livres
  • Une toilette d’argent ciselé de 4 000 livres
  • Des douzaines de plats et d’assiettes en argent, avec les plateaux, bassins, flambeaux, mouchettes, porte mouchettes, gobelets, chocolatières, poêlons, couverts, le tout en argent.

 

Bref c’est à une véritable razzia qu’Henriette se livre pour se venger du séjour plutôt désagréable qu’elle a fait en Angleterre. C’était peut-être aussi pour se venger de sa sœur qui comptait se servir d’elle pour quelqu’obscur destin. Mais Henriette n’en a cure des projets et des affaires de sa sœur si bien en cour.

 

A Paris, Henriette de Keroual va rencontrer celui qui sera son grand amour, Timoléon Gouffier, marquis de Thois, gouverneur de Blois. Le couple s’aime et souhaite se marier.

 

Mise au courant, Louise de Kéroual oppose son véto : le marquis de Thois n’est pas assez bien pour sa sœur ! Se méfiant de l’impétuosité d’Henriette, Louise de Kéroual s’adresse à Louis XIV et lui demande d’empêcher le mariage et de s’y opposer. Le roi de France n’y mettra pas son véto, et c’est enceinte de six mois, qu’Henriette de Kéroual, comtesse de Pembroke, épouse le marquis de Thois le 11 mai 1685.

 

Ensemble, ils auront neuf enfants.

 

Marie-Anne, née en août 1685, décédée en 1755  à Paris,75, (à l'âge de 69 ans). Mariée en 1720 à Paris, avec Louise de Bourbon-Busset, comte de Busset (6e, 1677), né en 1672 à Busset, (Allier), décédé le 14 avril 1724, (à l'âge de 51 ans), dont François (1722-1793) qui épousera Jeanne de Clermont-Tonnerre (1722-1769)

François Louis, ca 1687-1753, mestre de camp de cavalerie

Georges Guillaume, 1688-1762, enseigne de vaisseau, chevalier de Malte 

Louis Timoléon, 1689-1728, enseigne de vaisseau, chevalier de Malte 

Aymar, 1690-1710, cornette de cavalerie

Charles Timoléon, 1692-après 1739, chanoine de Notre Dame de Paris en 1719, abbé de St Euverte à Orléans le 1er avril 1739

Jean Timoléon, 1693-1696

Angélique, 1694, morte jeune

Anne-Marie, 1695-après 1745, religieuse bénédictine

 

Henriette de Keroual meurt à Paris, en l’hôtel de Blois cinq ans avant sa sœur Louise et sera enterrée dans l’église St Sulpice à Paris. Son mari ne lui survivra qu’un an.

 

Dans sa descendance je n’ai pas trouvé de personnalités qui mériteraient d’être signalées ici, sauf une personne prénommée Yolande. Mariée en 1904 à Aubigny (03), avec Alain Marie Alexis de Poulpiquet du Halgouët, né en 1880 à Avranches (50), décédé en 1972 à Rennes (35) (à l'âge de 92 ans),

 

Jetons maintenant un coup d’œil sur les ascendants de Louise et d’Henriette de Keroual.

 

Le grand père René de Penancoët a épousé Julienne Hémery du Pont-L’Abbé, dame de Chefdubois, d’où le titre donné à Sébastien, le frère des deux sœurs.

 

 Le grand-père de Ploeuc a épousé Marie de Rieux, la fille de René de Rieux, (1558-1628), seigneur de Sourdéac, marquis d’Ouessant, chevalier du Saint-Esprit. Le 31 mars 1579 il se bat en duel contre son tuteur Guy de La Chesnaye-Lailler et le tue (ce dernier était âgé de 80 ans)

 

"Du regne de nostre dernier roy Henry IIIe, fut faict un combat à Paris, en lisle de Louviers, entre M. de Sourdiac, dict le jeune Chasteauneuf, de la maison de Rieux en Bretaigne, et M. de La Chesnaye-Lailler du pays d'Anjou, oncle de la femme dudict sieur de Sourdiac, de la maison de Bourg l'Evesque, que ledict sieur de Sourdiac avoit nouvellement espousée. Se doulant de quelques propos que je ne diray point, que pretendoit ledict sieur de Sourdiac de La Chesnaye avoir dict, et pour ce l'envoya appeller en ladicte isle3, où estant, ledict sieur de Sourdiac luy demanda s'il avoit dict tels propos. L'autre lui respondit que sur la foy de gentilhomme et d'homme de bien, il ne les avoit jamais dicts. "Je suis donc content", replicqua le sieur de Sourdiac. — "Non pas moy", replicqua l'autre, "car puisque vous m'avez donné la peine de venir icy, je me veux battre; et que diront de nous tant de gens assemblez d'un costé et d'autre deçà et delà l'eau, d'estre icy venus pour parler, et non pour se battre ? Il y iroit trop de nostre honneur : çà battons nous.» Eux s'estans donc mis en presence avec l'espée et la dague, se tirarent force coups advant se blesser; aucuns disoient que ledict sieur de Sourdiac estoit armé, et mesmes qu'aucuns ouyrent ledict La Chesnaye crier haut : « Ah! "paillard, tu es armé", ainsin qu'il l'avoit tasté d'un grand coup qu'il luy avoit tiré au corps; "ah! je t'auray bien autrement", et se mit à luy tirer à la teste et à la gorge à laquelle il luy donna un grand coup à costé, qu il ne faillist rien qu'il ne luy coupast le sifflet; dont ledict Sourdiac ne s estonna nullement ains redoublant son courage, luy tira une grande estocade au corps et le tua. De dire qu'il fust armé, je ne le puis croire; car je l'ay tousjours cogneu brave et vaillant, les armes bien en la main, et l'honneur en recommandation pour faire telle supercherie, et bien luy servit de bien faire et bien parer les coups; car ledict sieur de Sourdiac, qui estoit mon grand amy, me le conta quelque temps amprès ce combat, me jurant n'avoir jamais veu un si brave, et vaillant, et rude homme que celluy là, comme de vray il l'avoit bien monstré en plusieurs guerres de Piedmont et de France, et estimé fort mauvais garçon. Encore le monstra il en ce combat, car il avoit quatre vingts ans lorsqu'il y vint, et mourut. Ainsi à belle vie belle mort, qu'il faut fort estimer, et surtout aussy son brave cœur et son ambition de n'estre voulu partir de la place assignée sans se battre et ne s'amuser trop à parler comme de vray c'est une grande honte, quand on vient là, de s'en retourner sans venir aux mains, et de se contenter en satisfaction de parolles." J-C de Vaugiraud (Pierre de Bourdeille Brantôme, Oeuves complètes, Edition Mérimée et Lacour, 1891, T. VIII, P. 234) 12 i 2011

Conclusion : «Guy Lailler était assez vieux pour faire un mort ».

 

À la même génération 4, se trouve René de Penancoët, Seigneur de Kerouazle (né vers 1560) marié avec Marie Barbier, un nom roturier, mais celle-ci était la fille de Louis Barbier, Seigneur de Kerjean, Kerjan, de Keralleau, de Kerbiquet (C’est lui qui à la suite d’un héritage commença à construire le château de Kerjean).

 

Poursuivons notre petite promenade parmi les ancêtres. À la 6ème génération on trouve Jean Barbier, seigneur de Kerjean, l’époux de Jeanne de Kersauson. Celle-ci est la fille de Guillaume de Kersauson et de Catherine de Bouteville.  

 

Plus haut, on trouve encore des branches de Rohan, de Laval, de Brosse, de Dreux (Isabelle, reine de Sicile, Jean IV ‘le Vaillant’, duc de Bretagne, Jean V – voir ci-après –).

À la 10ème génération, nous rencontrons le roi de France Charles VI « le Fol » (1368-1422), l’époux de Elisabeth von Bayern-Ingolstadt, reine de France (1371-1435), plus connue sous le nom d’Isabeau de Bavière.

 

Leur descendance se fera par leur fille Jeanne de Valois (1390-1433) qui épousera jean V ‘le Sage’ de Dreux, duc de Bretagne (1389-1442).

 

À partir de là nous entrons dans l’ascendance des rois de France.

 

Mais « y a pas que ! »

 

Nous rencontrons aussi tous les grands noms de Bretagne, de France ou d’ailleurs ; les rois de Bavière, les rois d’Angleterre (à partir d’Henry III Plantagenêt), les souverains du Saint-Empire romain germanique, un empereur de Constantinople, les rois d’Aragon et de Castille, de Sicile, un roi et une reine de Jérusalem (Henri II de Champagne et Isabelle d’Anjou), Guillaume ‘le Conquérant’ duc de Normandie, roi d’Angleterre (1027-1087), etc. etc.

 

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Je mets ici un point final à l’histoire de la famille de Louise de Penancoët de Keroual.

À bientôt !

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Baudoin de Pimodan 10/06/2012 13:21

L'Histoire a de petites coïncidences. René de Penancooët, le père de Guillaume, possédait et habitait le manoir de Trohanet , en Langolen, près de Quimper. C'est d'ailleurs , Marie de Ploeuc ,
l'épouse de Guillaume, qui signe l'acte de vente de Trohanet , en 1698, aux Kerstrat. Mon arrière arrière grand père, l'Amiral de la Grandière, achete Trohanet en 1851 aux Kerstrat. Trohanet me
revient par le coté de ma grand mère paternel, Yvonne de La Grandière; mais il se trouve que par mon grand père paternel,Charles de Pimodan, je descends de Henriette de Penancoet dont la petite
fille, Charlotte Sidonie Rose Gouffier de Thoix , épouse, le 11 mai 1762, mon aieul direct, Charles jean de La Vallée, Marquis de Pimodan. Le pur hasard des alliances ramene donc à Trohanet un
descendant de Guillaume et de rené de Penancoêt qui y habitaient , au moins pour René (et peut etre Guillaume y est t-il né (?)), au 17 ème siecle.